Localism is the new globalism ?

Localism is

the new globalism?

My tailor, a neighbor, is rich.

Par Alexandra Pierré-Caps

Chacun se rappellera qu’il n’y a pas si longtemps les différents confinements induits par la crise COVID nous avaient conduits à repenser notre rapport à notre environnement proche et à transcender la contrainte, non sans inventivité (toi qui as couru un marathon sur ton balcon en mars 2020, la France ne t’a pas oublié).

Le fameux rayon autorisé d’un kilomètre devenait un vaste champ des possibles, il établissait une nouvelle cartographie de la découverte et glamourisait la proximité.

On s’était quitté en se promettant de poursuivre les promenades dominicales au parc d’à-côté, d’encourager le click and collect chez notre fromager local et de faire le choix de vacances qui ne nous coûteraient pas un PEL en carburant et en panini mous sur une aire décrépie de l’autoroute du Soleil. Juré-craché, on vendrait le staycation à nos copains, on adorerait la Bretagne et on dédaignerait la semaine américaine chez Lidl.

Et puis, le monde ancien nous a rattrapé ; fin 2023, le trafic aérien devrait dépasser son niveau d’avant la pandémie. Mais est-ce vraiment une fatalité ?

 

Think global, act local

Les conditions économiques et climatiques actuelles paraissent nous contraindre toujours plus à un choix radical entre globalisation et localisme, deux notions qui se nourriraient de leur sempiternelle opposition.
 
Think global, act local : « penser globalement, agir localement » ; l’adage ne date pourtant pas d’hier. Né – comme le Rubik’s Cube et Ophélie Winter – dans l’ébullition post-soixante-huitarde, sa paternité fut moult fois revendiquée depuis les années 1970 (là s’arrête la comparaison avec Ophélie Winter).
 
Il a cependant le mérite de nous rappeler que ces deux adjectifs, global et local, procèdent d’une démarche multiscalaire au départ strictement géographique. « Local » dérive du latin locus, le « lieu » : ce qui est local est d’abord ce qui se rapporte à un lieu et qui peut donc être précisément localisé. La globalisation ferait, elle, primer une dynamique de réseaux sur la localisation. On s’était habitué à raccrocher, voire superposer la notion de développement économique à celle de globalisation, comme on s’est habitué à la pizza à l’ananas (non) ou aux sushis péruviens (c’est pas si mal en fait).

In local we trust

Les dernières évolutions culturelles le montrent, le local inspire confiance car il est situable, visible, proche. Il se mue alors en « localisme », soit l’attachement aux enjeux de son territoire. Si le « localisme » peut être militant, il n’est pas pour autant synonyme de repli en ce qu’il ignore les frontières. Dans sa version vertueuse, il redimensionne plus qu’il communautarise, il requalifie plus qu’il enferme. Il fait partie des solutions plébiscitées pour atténuer, entre autres, les effets de la crise COVID sur les économies, les entreprises et les initiatives de développement locales.

 

Il est inutile de souligner à quel point les préoccupations écologiques sont également un des moteurs de ce grand réveil des proximités. Pour autant, la diversification des activités économiques d’un territoire par des acteurs locaux, le développement des circuits courts ou le succès sont autant d’aspects d’un localisme qui se développe sans nier la pluralité des échelles de vie, parce que c’est difficile de refuser un avocado toast sur une tranche de pain de campagne de farine locale. Nous ne sommes que des êtres humains.

0 %
des Français comptent sur les collectivités pour favoriser l'émergence de nouveaux modèles économiques.

Source : voir un peu plus bas.

Small is beautiful (et ça ne vaut pas que pour les teckels)

Mais l’addition des initiatives locales en matière de développement économique ne saurait résoudre les apories de la globalisation. La synergie de ces actions, encore trop souvent juxtaposées dans une mauvaise appréhension les unes des autres, doit être facteur de prospérité pour les territoires qui ne peuvent plus se contenter de capter les richesses extérieures pour favoriser leur croissance économique.

 

Or, la progression des petites et moyennes entreprises, cruciales à l’échelle du développement économique local, est souvent ralentie – voire entravée – par une méconnaissance des partenaires locaux, publics ou privés. On fait parfois appel à un fournisseur éloigné ou étranger, multipliant les coûts, alors qu’il en existe un satisfaisant tous les critères, tout près.

 

C’est dans ce cadre que vient s’inscrire le déploiement d’Agoraa au service des écosystèmes  locaux, qui ont très souvent besoin de cartographier les ressources disponibles sur leur territoire afin de favoriser les synergies locales !

Illustrer le localisme, c’est forcément mettre des pins en 3D sur une carte. (Image de Freepik)

La mano en la mano

Dans cette dynamique, les communautés locales attendent des partenariats forts entre le secteur public et les acteurs privés, notamment dans le domaine de l’entrepreneuriat social et du développement durable.

 

En 2020, une enquête Opinion Way pour « Les Échos » et BNP Paribas montrait qu’un quart des Français comptait sur les collectivités pour favoriser l’émergence de nouveaux modèles économiques. Selon le même sondage, le développement d’un modèle durable constituerait le moyen le plus efficace pour lutter contre les effets négatifs de la mondialisation (selon 67 % des répondants), contre le risque climatique (66 %), contre le chômage (55 %) et contre les inégalités sociales (51 %). 84 % des personnes interrogées estiment que la relocalisation constitue un gage de partenariat entre l’État, les régions, les villes et les entreprises, sur le chemin de la durabilité.

 

C’est à ces échelles de coopérations intermédiaires, notamment au sein d’un territoire de frontières comme l’est la Lorraine – seule région triplement frontalière de France, rep a sa la Creuse – que doit pouvoir s’opérer le dépassement d’une opposition quasi proverbiale entre intérêts nationaux et locaux, à condition de posséder une bonne connaissance de son territoire et de ses ressources… Dans le développement économique comme dans le bouddhisme, la voie du milieu mène à l’éveil.